Chapitre 12 Tignes, base d’entraînement automnal de l’équipe de France

(…)

Les journées d’entraînement commencent de bonne heure. Tout d’abord, avant même le petit-déjeuner, réveil musculaire. Pour ceux qui ont deux jambes, quinze minutes de footing (quel que soit le temps, neige y compris !). Pour les autres, une séance d’étirements sous la houlette du kiné. Après un petit-déjeuner copieux, pour tenir toute la matinée, nous prenons tout notre matériel et partons rapidement pour être au funiculaire qui mène au glacier de la Grande-Motte à huit heures. Malgré l’heure matinale, il y a déjà un monde fou qui attend. La plupart des lève-tôt sont des compétiteurs de clubs ou d’équipes nationales de tous les pays. Parfois nous croisons également des jeunes en formation pour devenir pisteurs-secouristes.

Le premier voyage du funiculaire est réservé aux entraîneurs et quelques personnes habilitées. Nous montons dans le suivant, privilège de l’équipe nationale. Pour éviter que nous ne nous fassions bousculer par la horde des compétiteurs, et pour faciliter la montée des gars en fauteuil dans la rame, nous montons un peu avant le gros de la troupe. Lorsque nous sommes tous installés, les portillons s’ouvrent pour laisser passer les premiers skieurs, impatients d’aller se geler sur le glacier. Une meute déboule alors au pas de charge. Moment de jubilation extrême. Tranquillement assise, j’écoute ce vacarme dans lequel se mêlent le martèlement des chaussures de ski sur le béton des marches de l’escalier qui longe le funiculaire, le cliquetis des bâtons de ski, de quelques casques accrochés aux sacs à dos, parfois les talons d’une paire de skis qui cognent le béton… Ma jubilation connaît son paroxysme lorsque, au terme d’un sprint, des coureurs s’engouffrent à notre hauteur dans la rame de tête et se rendent compte que les places assises qu’ils convoitaient sont toutes prises… par nous ! Ils n’ont alors plus le temps de se rabattre sur les places que nous avions laissées libre : elles sont déjà prises par d’autres compétiteurs. Je sais, j’ai parfois un petit côté sadique… Une fois que tout ce beau monde est tassé dans le funiculaire, les portes se ferment et c’est parti pour 6 minutes de montée.

Tandis que certains terminent leur nuit, debout, coincés entre une paire de skis et un sac à dos, d’autres commencent à s’équiper, d’autres encore discutent ; Anglais, Espagnols, Italiens, Japonais, se côtoient, au sens physique comme au figuré, dans ce métro un peu spécial. Quelques instants avant notre arrivée en gare supérieure, une bande enregistrée nous annonce en plusieurs langues que le funiculaire arrive en zone glacière, la prudence est donc de rigueur. La gare d’arrivée est située à 3 032 mètres d’altitude. Dès que le funiculaire sort du tunnel et entre dans la gare d’arrivée, tout le monde scrute les fenêtres pour avoir une idée de la météo ; elle va conditionner la journée d’entraînement. Il n’est pas rare que le temps qu’il fait à Tignes soit très différent du temps qu’il fait sur le glacier. Là-haut, il faut en général s’attendre à des températures comprises entre moins dix et moins vingt degrés Celsius à l’automne, voire moins encore si affinités. Personnellement, je n’ai pas beaucoup d’affinités pour les moins trente, mais cela n’y change rien. Ces jours-là, on sait que l’entraînement sera vraiment pénible.

(…)

Lire l’extrait numéro 6

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *