Chapitre 19 Mon rêve américain

(…)

Un dernier regard vers mon guide. J’enfonce mes pointes de bâtons de ski dans la neige et commence à m’appuyer dessus. On entre dans les cinq dernières secondes, chacune égrenée par un bip de l’horloge. On doit avoir déclenché la baguette de départ et partir entre cinq secondes avant et cinq secondes après le bip du zéro au chrono. Hors de cette fenêtre de tir, c’est la disqualification. À trois bips avant le zéro j’entame notre propre compte à rebours.

Je crie le décompte.

« 3 ! »

Je m’accroupis pour amorcer un mouvement de ressort.

« 2 ! »

Un léger mouvement vers le haut, puis je me comprime à nouveau.

« 1 ! »

Mon guide part entre le « 1 » et le « 0 », zéro que je ne prononce que pour accompagner mon propre départ, sorte de cri énergisant que je hurle en me propulsant dans le vide. C’est parti !

Nous voilà déjà près de la première porte du tracé. Le début de la piste est assez raide mais le tracé est fluide, ce qui me permet d’adopter immédiatement la position de recherche de vitesse. Les virages s’enchaînent, tout se passe bien. J’ai la rage au ventre. Derrière mon guide, je file entre les portes du tracé. Nous voilà déjà en approche du saut. Lors de la reconnaissance et des entraînements, nous avons mis au point la tactique suivante : mon guide compte à rebours à partir de trois pour être à zéro lorsqu’il décolle sur la bosse. Nous sommes tellement proches que je sais donc que je vais décoller quelques fractions de seconde après lui. Il y a une technique bien particulière à adopter pour contrôler au mieux le saut. Juste avant d’arriver au sommet de la bosse il faut rapidement replier les jambes sous le corps et tirer les bras vers les spatules des skis, vers le bas et vers l’avant donc. C’est ce qu’on appelle un « Op Traken ». Nous y voilà. Dès que j’entends le « 1 » je replie mes jambes et jette mes bras vers le bas. Avec la vitesse le timing est parfait. En l’air, il faut rester groupé aussi longtemps que possible et ne se déplier que lorsqu’on va atterrir. Je ne vois pas suffisamment pour juger du moment où je vais toucher le sol. Le but du jeu est de rester en l’air le moins longtemps possible, car la vitesse d’un skieur en l’air est inférieure à sa vitesse sur la neige. Je dois donc rechercher le contact avec le sol le plus tôt possible, tout en gardant la position la plus stable et souple possible pour pouvoir m’adapter à un éventuel imprévu que, du fait de mon handicap, je ne pourrais pas anticiper et subirais forcément.

J’atterris. Je suis toujours en un seul morceau ! Je reprends tout de suite la position de recherche de vitesse, puis me déplie lorsque le tracé et la piste l’exigent à nouveau. Nous filons entre les portes du tracé. Quelques dizaines de secondes plus tard, nous approchons du mur d’arrivée. Ça y est, nous sommes en haut du mur : il ne reste plus qu’à filer tout droit, en recherche de vitesse, dans la pente raide. À peine le temps d’appréhender. Derrière mon guide, je franchis la ligne sous un tonnerre d’applaudissements. Nous avons rempli notre partie du contrat en réalisant une belle course ; il ne reste plus qu’à attendre les autres.

(…)

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