Chapitre 22 Un pari fou

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Au fil des postes de secours je gagne en expérience en tant qu’équipière. Mon problème de vue me gêne parfois mais je trouve toujours des solutions. Il y a des gestes de secours pour lesquels je suis moins à mon aise qu’un équipier secouriste « normal », comme par exemple la prise en charge des plaies par verre ou des plaies souillées, les interventions en milieux peu éclairés ou acrobatiques. Par contre, il y a des gestes de secours pour lesquels je suis particulièrement à mon aise, comme par exemple la « recherche trauma » qui consiste à repérer les signes d’un traumatisme sur le corps de la victime : déformation, chaleur. Mon toucher est plus développé que celui d’une personne qui voit normalement, ce qui me facilite grandement la tâche. De plus, les connaissances que j’ai acquises à l’occasion des différents traumatismes dont j’ai moi-même été victime lors de ma carrière sportive s’avèrent également être un atout. Je suis également très à l’aise lors de la prise en charge de victimes de malaise ou d’agressions, car pour compenser ce que je ne peux pas voir, je fais preuve d’imagination lorsque j’interroge les personnes sur ce qu’elles ressentent, sur l’enchaînement des événements lors d’un traumatisme… Cela me donne parfois des informations que d’autres équipiers n’auraient pas forcément obtenues.

L’année suivante, je décide de me former pour devenir moniteur de secourisme. Comme d’habitude, je me demande si je vais y arriver en voyant aussi peu. Comme d’habitude, je me dis « Qui ne tente rien n’a rien ». Patrice, un ami pompier, me prend sous son aile. J’anime quelques formations avec lui, en tant qu’aide moniteur. Ces formations me donnent l’occasion de me bâtir un petit discours pour dire aux gens que je vois très peu et que, si parfois je leur demande de refaire un geste à l’occasion d’un exercice, ce n’est pas forcément pour les corriger, mais peut-être tout simplement parce que je n’ai pas tout vu lorsqu’ils ont fait ce geste la première fois. Je leur dis de ne pas hésiter à me poser des questions sur mon handicap s’ils le souhaitent, car je suis suffisamment à l’aise avec le sujet pour y répondre sans gêne. Je suis surprise de constater que tout se passe le plus naturellement du monde.

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Lire l’extrait numéro 8

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